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Lumière pâle #3 – Lueurs 5

Fév 01 alkemy_the_game  

La campagne s’étirait au-dessous d’elle.
Elle se sentait libre et, étonnamment, en était consciente. Pour la première fois de sa vie, elle contemplait le paysage. Champs, forêts, collines et hameaux se succédaient. Les montagnes étaient encore loin et elle avait décidé de profiter de ces instants de liberté.
Le message qu’elle portait ne la gênait pas réellement, mais sa présence lui était désagréable, comme une entrave dont elle aurait apprécié de se libérer. Mais quelque chose en elle la retenait de le faire. C’était IMPORTANT.
Son vol avait ralenti et elle se laisser porter par les courants ascendants pour voir encore plus loin.

Sa vue n’était pourtant pas excellente. Elle avait, par exemple, du mal à discerner ses proies. Mais aujourd’hui, quelque chose s’était éveillé en elle. Une chose qui lui donnait envie de regarder, de prendre le temps d’observer.
Par exemple, ces gros animaux qui retournaient la terre dans les champs l’intriguaient. Elle se posa sur la branche d’un grand arbre, un de ceux à l’odeur forte dont les maîtres utilisaient les vapeurs, sa couleur grise lui permettait d’y rester un moment sans crainte d’être aperçue. Malgré leurs longues cornes et leur puissante musculature, ces animaux obéissaient docilement aux laboureurs qui les conduisaient de la voix et de la badine.
Il leur aurait pourtant été facile de se retourner contre eux et d’aller paître librement. Etait-ce la sûreté de la nourriture qui les rendait si soumis ? Etait-ce la protection d’un toit contre les intempéries ou les prédateurs ?
Tant de questions s’élevaient en elle, qu’elle eut un instant de frayeur.

Qu’est-ce qui était si important dans le message qu’elle portait ? Pourquoi se pliait-elle à cette demande qui lui avait été faite ? A cet ordre ? Cette injonction ?
Etait-ce un ordre ou une supplique ?
Obéissait-elle ou rendait-elle service ?
Qu’il était difficile de démêler les fils de la réalité et du rêve.

Elle repris son vol en direction des montagnes. Elle préférait les contourner par le nord pour ne pas avoir à subir les vents froids qui soufflaient entre ses pics à cette saison.
Elle ne craignait pas le froid, non, elle ne le ressentait même pas et se riait de ses maîtres qui en craignaient la morsure. Ce qu’elle n’aimait pas, c’étaient les fortes bourrasques qui l’emportaient vers les nuées humides et alourdissaient ses frêles plumes.
Le détour par le nord était finalement moins fatiguant et puis les petites vallées à l’ouest des montagnes étaient toujours plus chaudes. Le foehn qui y soufflait était bien agréable à chevaucher.

Le danger venait des paysans de ces vallées, toujours prêts à décocher une flèche pour les tuer, elle et ses sœurs. Un décret les protégeait pourtant, mais les superstitions de ces villageois des montagnes étaient bien trop ancrées pour qu’un décret, même émanant des Célestes, y mette fin. Leur vol est réputé détruire les nouvelles pousses et leurs excréments empoisonner les eaux, les habitants des vallées estiment rendre service à tous en les chassant.
Peut-être certains édiles tirent-ils également avantage des messages qu’ils interceptent ainsi. Mais le feraient-ils si les Célestes ne les laissaient faire ?

Le pic de Shuofeng fut bientôt en vue et elle fit une grande boucle vers l’est. Son vol arrivait bientôt à son terme. La grande ville lui apparaissait déjà au loin bien que sa vue se brouilla.
Elle oublia ses questions et suivit son flair vers les hautes tours. Peu de temps après, ses serres se refermèrent sur le juchoir d’arrivée.

– Un message pour vos maîtres.
– Ne les appelez pas ainsi, je vous en conjure, dit le serviteur en s’épongeant le front.
Il descendit rapidement les trois échelles successives et remis le message au cavalier qui partit immédiatement.

Dès qu’ils reçurent le pli, les mercenaires se mirent en chemin. La route était longue jusqu’au désert et la chasse aux kerghars toujours compliquée…

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